Chers Galeristes

Face aux difficultés et aux plaintes de certaines galeries, j’ai réfléchi à une sorte de « charte ». Sans porter aucun jugement sur la qualité du travail déjà accompli (et j’en sais les difficultés), je crois que certaines suggestions seraient bénéfiques pour les artistes comme pour les galeristes.

Le succès d’un artiste dépend de sa visibilité, de ses interactions avec le monde social, avec le monde de l’art. Le succès croît avec le succès (celui de la galerie comme celui de l’artiste). Un galeriste qui se contente d’attendre le client derrière son bureau ne vendra pas ou peu, ou vivra sur son fichier qui peu à peu donnera des signes de fatigue.

Le rôle de la galerie va au delà de la boutique, et devrait être celui d’un producteur ou d’un éditeur (pas d’un distributeur). 

Quelques pistes : 

  • Expos sur projet, pas seulement accrochage clé en main, mais interaction et collaboration, regard critique et investi (l’artiste n’est pas une société de service). 
  • Expos hors les murs, (centres d’art, l’été dans de beaux lieux, connexions avec les institutions, musées, fondations, communes, résidences avec expositions… ). Le tout évidemment avec commission sur les ventes en accord avec l’artiste. 
  • Trouver des contacts spécifiques pour chaque artiste, critiques, écrivains, curateurs…
  • Éditions : Livres, illustrations (livres d’artistes, couvertures de livres, ouvrages divers, etc.), éditions de multiples (gravure, litho, numérique, etc), catalogues… (tous ces ouvrages à vendre en galerie).
  • Médias : radio, télé, internet…
  • Travail de recherche de galeries autres (à l’étranger ou dans d’autres villes…)
  • Les foires, si la galerie en a les moyens
  • ……..

Un Entretien (2010)

Vu sous cet angle (revue web, 2010)

La peinture est de la pensée qui s’étale

Entretien devant ses toiles tendues à la galerie d’Est et d’Ouest (2010)

L’Agitateur d’Idées : Qu’entends-tu par durée ?

Marc Tanguy : Lorsqu’on peint, on passe d’un état à un autre. La peinture est une image qui dure, qui est fabriquée dans la durée. La peinture existe si sa fabrication entre dans la durée de la conception. Le peintre, s’il sait où il va tout le temps, il ne se déplace pas, il ne fait rien…

AI : Donc tu fabriques ?

MT : C’est plutôt un dialogue, un voyage. Dans cette exposition, il y a beaucoup de paysages.

AI : Comment commences-tu ?

MT : Je pars souvent d’une image trouvée sur Internet ; les webcams nous offrent des vues imprenables, à toute heure du jour ou de la nuit, en toutes saisons.

AI : N’empêche que ta peinture est réellement peinte, il n’y a rien de virtuel dans la peinture.

MT : Non. Bien sûr que non. D’où l’idée de la durée. Du rythme. Essentiel, le rythme, les étapes, la traversée de territoires inconnus, qui à un moment donné vont se cristalliser… L’image de départ n’est qu’un déclencheur.

AI : Comment se passe la traversée ?

MT : Ce n’est pas une traversée couche par couche, qui s’épaississent et finissent par nous engluer. J’essaie d’aller de l’avant et en même temps, de rester à distance en gardant la légèreté, la transparence, le style…

AI : Ça ressemble à un grand écart…

MT : Oui il faut s’entraîner (rire). Ça ne marche pas à tous les coups. Mais à un moment donné, le tableau va quelque part…

AI : Même si c’est impossible, peux-tu décrire ce moment ?

MT : Quand tu fais une chose à un endroit de la toile, cela se répercute à un autre endroit, ainsi l’image se tend, d’où cette idée de Champs magnétiques, qui est le titre de ce tableau. On finit par se retrouver devant un paysage qu’on ne connait pas, mais qu’on reconnait. On est arrivé. Mais chaque peinture est un voyage différent.

AI : Champs magnétiques est à la fois abstrait avec ces deux bandes jaunes épaisses, et très évocateur de la réalité des marais salants…

MT : La peinture, c’est abstrait. Toute la peinture est abstraite. Titien, c’est abstrait. La peinture c’est de la pensée qui s’étale dans le temps. Au fond, c’est le spectateur qui fait l’image. Tu dis marais salants, d’autres y verront autre chose.

AI : Abstrait comme ce paysage au ciel rouge Lagune rouge 3

MT : Oui il est le dernier d’une série, inspirée d’une vision d’un ciel orageux dans la lagune de Venise…

AI : On voit une grue dont le haut du bras se détache dans le ciel. Une grue, peut-être un port…

MT : Je ne sais pas

AI : Le port n’est pas le problème, la vision est magique. Comme Au bord où cette montagne énorme tombe dans un lac très fin.

MT : On se rapproche de la peinture chinoise. La perspective n’est pas toujours perçue, comme dans Champs magnétiques. Quand elle disparaît, comment un lac aussi léger peut-il soutenir une telle montagne ?

AI : Oui comment ?

MT : Je ne sais pas, c’est cette tension qui fait le tableau. Les incertitudes perceptives. C’est troublant. J’aime les peintres qui troublent. Bonnard, Munch, Diebenkorn, Doig…

AI : En vitrine, il y a Nuit américaine. Comme Bob Dylan en 1965, ta peinture est passée à l’électrique. Elle est devenue purement poétique. Il n’y a plus qu’à plonger dedans.

Propos recueillis par Bruno de BAECQUE

Extrait du Journal (08/2017)

Les images filmées de la première femme de David Lynch dans un documentaire. A la voir, on est saisi par le regard amoureux de DL et d’elle sur DL. Elle n’est pas vraiment belle, mais la vérité de ses expressions est émouvante. Je me disais que je pourrais utiliser ces images pour dessiner. Mais à les arrêter sur l’écran, on ne saisit plus rien. Tout est dans le mouvement des expressions : la vérité des images est dans leur mouvement. Arrêter une image, c’est la considérer comme morte, la séparer du reste du monde.
Le mystère des grandes peintures vient de là. Ce mouvement invisible qu’elles détiennent. Le regard est libre d’y circuler, de chercher à en saisir l’essence mystérieuse, mais quelque chose nous échappe. Rien ne bouge et pourtant, le mouvement est là. Ce n’est plus nous qui regardons l’image, mais l’image qui nous saisit, et exerce sur nous son pouvoir magique.

Extrait du Journal (06/2017)

Peindre : ce n’est pas l’essentiel. Je ne crois pas que la peinture soit séparée du reste, comme une sorte d’obsession presque religieuse ou d’ordre spirituel. La peinture est un flux. Elle émerge (l’art émerge…) comme une qualité qui serait supérieure à la somme des parties. La peinture (l’art) est une conséquence. Aucune volonté ne  peut y parvenir, ni par les moyens de la technique, ni par ceux de la pensée intellectuelle. Peut-être l’intuition y est pour quelque chose, plus rapide que la pensée, elle anticipe les possibles futurs. Mais l’émergence est toujours une surprise.

Extrait du Journal (2016)

Si rien ne survient, le tableau est inachevé. Il doit continuer, par ajout, effacement, destruction partielle. Il sert de fond, de matériau. Il n’est pas autonome, il pèse, prend de la place, gêne le regard, mais aussi par sa simple présence physique. Il ne fait pas partie du monde.

Un tableau abouti est léger, il occupe l’espace avec une autorité naturelle, cherche sa place, est autonome, prêt à vivre sa vie. Le regard passe dessus sans heurt (Bonnard parlait d’une tapisserie sans accroc), et n’exerce sur nous aucune autorité. Il est, dans sa touchante simplicité, comme une évidence.

Crapules de l’Art (MT en colère)

Certaines galeries vendent leur expertise pour apprendre aux artistes à se présenter à elles. Certains critiques mégalomanes, même, ne se mouchent pas du pied (dont les chevilles adjacentes sont du reste enflées comme celles des cochons), pour demander aux artistes de payer 300€ leurs précieux conseils. Sans même parler de ces concours où les créateurs doivent payer le droit de se faire juger.

Ne vous laissez pas juger. Personne ne peut juger votre création. Ceux qui la jugent sont de médiocres limaces. Qu’ils soient galeristes ou critiques.

Jeunes artistes, ne vous laissez par influencer par ces rapaces, qui vous promettent la Lune et les Étoiles, cassent la pureté de votre élan, vous imposant une logique mortifèrère. Vous êtes le patron. Et si vous ne l’êtes pas, changez de métier. Pas la peine de polluer la planète.